
Pour ce premier article, et si nous parlions de l’éthologie ? Car Lueur Animalis se base sur cette science, mais sans explication on pourrait penser que l’on se base sur de la magie…
Dans son livre “L’éthologie (presque) facile”, Agatha Liévin-Bazin, Docteure en éthologie spécialisée dans le comportement social des oiseaux, et vulgarisatrice scientifique, en donne une très belle définition : “ l’éthologie est une discipline récente, à la croisée de la biologie et de la physiologie, qui permet une mesure objective du comportement animal […] l’éthologie cherche aujourd’hui à réhabiliter les individus pour ce qu’ils sont, quelque soit leur espèce, et tente d’explorer leur réalité subjective […] une manière saine de briser enfin la séparation artificielle entre nature et culture et remettre l’être humain à sa place : une espèce parmi tant d’autres, toutes plus fascinantes les unes que les autres et dont il reste tant à apprendre”
Tous les jours, grâce à cette discipline scientifique et rigoureuse, au moyen d’observations et de protocoles, nous en apprenons un peu plus sur le vivant qui nous entoure et sur les façons dont nous pouvons le protéger. C’est comme cela que nous avons réalisé que les vaches, cochons et poules n’étaient pas dénués d’intelligence, d’émotions, et que leur bien-être ne se résumait pas à simplement se nourrir et boire, mais aussi à éprouver des émotions positives, à être challenger cognitivement, à avoir une vie sociale qui leur conviennent. C’est aussi en étudiant le comportement d’animaux sauvages qu’il est possible de proposer des mesures de protection efficaces dans leur environnement.
L’éthologie nous permet ainsi de nous questionner sur nos interactions avec d’autres individus, et nous permet de comprendre qu’elles peuvent les affecter, aussi bien négativement que positivement selon les espèces.
Elle permet de comprendre les animaux non-humains, mais aussi les humains : de comprendre l’émergence de certains comportements, de réaliser que nous partageons beaucoup avec les individus qui composent le vivant.
Parmi les grands noms de l’éthologie, on retrouve Jane Goodall. Ses observations, sa compréhension des chimpanzés, a révolutionné la façon dont nous percevons les animaux. L’humain n’était plus le seul à ressentir des émotions, à utiliser des outils, à communiquer. Elle a ouvert la porte à de nouvelles considérations : les animaux ont des expériences subjectives qui impactent leur comportement, ils ressentent des émotions, ont une cognition complexe : ce sont des individus à part entière.
L’éthologie traduit ce que nous ne pouvons pas comprendre, ne parlant pas le même langage que les autres animaux. Aussi fascinante soit-elle, cette discipline ne s’improvise pas : elle est cadrée, basée sur l’observation et l’interprétation de résultats, mais ne prétend pas lire dans la tête des animaux, ni partager ce qu’ils pensent. Elle ne vient pas délivrer de messages de la part des animaux mais vient essayer d’expliquer pourquoi un animal adopte un certain comportement. Elle vient expliquer que ces comportements ont une raison, et ne sont pas de simples réflexes, mais la conséquence d’un stimuli, d’un ressenti.
C’est pourquoi il s’agit d’une thématique de recherche entière, mais aussi de connaissances complémentaires à celles existantes. Par exemple, les vétérinaires peuvent se former en éthologie afin de prendre en compte l’ensemble du vécu d’un animal.
Alors l’éthologie n’a rien de magique, elle est scientifique, mais grâce à elle on découvre un monde rempli de magie, pour celles et ceux qui ouvrent les yeux à ce que les animaux ont à offrir.
(En illustration, un dessin d’oie, en référence non seulement au poème de Mary Oliver « Wilde Goose » mais aussi en référence aux travaux de Konrad Lorenz, l’un des fondateurs de l’éthologie, surnommé « l’homme aux oies cendrées ». Il mis en évidence des comportements bien particulier des oies, de l’imprégnation au mouvement de cou des oies qui font rouler leurs œufs avec une chorégraphie millimétrée)
